CENTRE DE L ECOUTE ET DU LANGAGE .Jean BRUYERE.

Dyslexie

                                       


"On lit avec son oreille, car lire c’est écouter ce que l’autre écrit, c’est recueillir les sons graphiquement fixés.” 

Alfred Tomatis
                                                                                   
                                                                                            

 
 Très chers collègues,

Lors de notre précédent article nous avons exposé la conception de Tomatis sur l’éclosion du désir de communiquer, ainsi qu’introduit sa perspective de l’impact de toute anomalie dans la structure relationnelle avec les parents. 
 

Pour rappel, Tomatis prône que toute anomalie dans le désir tandem-relation entraîne un retentissement sur le langage lui-même et donc aussi sur l’apprentissage de la lecture. 

Ainsi, les troubles dyslexiques ne sont pas seulement des troubles de la lecture, mais aussi des troubles de la relation qui sont nés des conditionnements initiaux aux contacts affectifs.

 

Tomatis le dit, il est indispensable d’élargir considérablement le cadre dans lequel se trouve confinée la “Dyslexie”. Selon lui, elle ne se limite pas à la lecture, elle s’étend à toutes les relations, à tout ce qui doit être intégré. Tomatis ajoute : “celui qui est porteur de “Dyslexie”, non seulement ne sait pas lire, mais il ne peut non plus appréhender normalement le monde et ne parvient pas à le déchiffrer correctement. Il n’utilise pas le même codage.” Il souligne également, que heureusement la lettre est là pour mettre l’accent sur cette perturbation que rien n’aurait individualisée sans son aide. Pourtant bien d’autres signes peuvent être collectés pour dépister le Dyslexique. 

“La dyslexie”, “le syndrôme dyslexique”, “la dysrelation”, “la maladie de la relation”, Tomatis utilise tous ces termes pour pointer du doigt que “l’enfant est dyslexique bien avant la lettre” et qu’il ne faut pas attendre qu’apparaissent les difficultés dans les apprentissages de la lecture comme élément révélateurs d’une “maladie” bien plus vaste et plus profonde.

Pour Tomatis, il apparaît que la Dyslexie est une maladie au sens étymologique du terme. Elle est une mauvaise posture ; elle ne révèle certes d’aucune lésion organique mais elle témoigne d’une attitude faussée dès le départ dans la structure relationnelle par des conditionnements de la communication qui se sont mal élaborés.

Le but que vise la thérapeutique auditive proposée est donc de rétablir cette structure relationnelle par une correction des conditionnements initiaux défectueux. Elle se donne pour objectif de guérir cette maladie et non pas, à l’instar des techniques souvent utilisées, de s’en accommoder en la compensant.
 

C’est ainsi que le traitement en Audio-Psycho-Phonologie, plutôt que d’offrir un moyen complémentaire de soutien capable d’aider l’enfant à compenser son handicap et à surmonter ses difficultés, mais en le laissant figé dans une même structure, propose un procédé ayant pour but la correction, la modification, la normalisation en quelque sorte de cette structure. Le traitement APP répond donc aux critères que l’on est en droit d’exiger d’une thérapeutique : il guérit et permet d’enlever l’étiquette que porte sur lui le Dyslexique. 

 
En effet, le traitement en Audio-Psycho-Phonologie apprend à l’enfant à utiliser son oreille comme un appareil capable d’écouter. Ainsi le Dyslexique apprend à écouter l’Autre grâce à l’entraînement par l’écoute qui lui révéle ce qu’est la posture auditive du “bien entendant” c’est à dire de celui qui a pu structurer un réseau relationnel normal. Le conditionnement auditif permet donc aux dyslexiques d’établir des relations normales avec l’environnement. Afin d’y parvenir, il est nécessaire de faire disparaître l’inhibition qui a empêché l’avènement de l’acte d’entendre le langage humain. Il y a lieu de déclencher ou de redéclencher le désir de communiquer à l’aide de la voix maternelle filtrée, celle-ci replongeant l’oreille dans les conditions d’un vécu in utero lointain. Grâce à la voix de la mère filtrée, nous sollicitons par mémorisation d’une “écoute” lointaine dans le temps, l’éveil du désir de la relation la plus archaïque possible.
“Dès le début de la rééducation, le désir d’écouter se manifeste généralement dans tout le comportement de l’enfant qui s’éveille, s’agite, veut communiquer, se prend d’un immense désir de vivre et de s’extérioriser, comme si cette mémorisation psychanalytique sensorielle lui permettait de retrouver un passé encore vierge de tous les conditionnements de la vie, de tous les tracas qu’il a vécus, comme s’il y avait effacement des blocages qui l’ont confiné dans l’inconfortable situation qu’il a connue depuis lors.”
Tomatis
 Ensuite, les étapes suivantes de la phase active du traitement vont continuer ce qui a été entrepris. Nous passons alors au conditionnement en musique filtrée ; ainsi qu’à l’audition d’un langage normal à l’aide du microphone et de la bascule électronique qui enclenche une auto-écoute chaque fois que le Dyslexique doit répondre ou répéter. Par ce biais il lui est inconsciemment imposé d’entendre sa voix comme un sujet normal entend la sienne.
 

Possédé du désir d’écouter, il ne lui restera plus qu’à intégrer aisément et joyeusement l’enseignement de l’”Autre”. Ce résultat obtenu il n’y a généralement pas de régression, pas de perte de ce qui a été acquis. Il faudrait, pour assister à une régression, un événement affectif grave, plus grave que ceux ayant motivé les inhibitions initiales, car un psychisme plus âgé est plus difficilement sensibilisé et moins vulnérable.
 

 Tomatis énumère ainsi les nombreux signes cliniques qui apparaissent durant la progression de la thérapie entreprise : “ les signes cliniques les plus remarquables porteront sur les modifications de la voix qui se timbre, se module, acquiert une meilleure intelligibilité du discours par un meilleur contrôle. La latéralité se cristallise à droite témoignant de la dominance auditive droite. La mobilité de la face accentue l’asymétrie par une plus grande activité droite ; les syncinésies disparaissent, quelques mouvements subsistant toutefois au niveau de la pince pouce-index droits. La lecture devient plus facile, plus fluide, conduite d’une voix plus tonique et soutenue par une meilleure intelligence du texte. Les fautes d’orthographes disparaissent bientôt par bonds successifs. Le temps d’intégration plus rapide permet enfin d’avoir la possibilité d’appliquer toutes les règles de grammaire. Les notions-temporo-spatiales qui s’introduisent parallèlement à la cristallisation de la latéralité expliquent l’énorme progrès réalisé dans le domaine du calcul et des mathématiques. Enfin, ce qui est plus frappant encore, est l’apparition et la croissante augmentation de la concentration et de la mémoire.”


En résumé de ce dossier consacré sur la Dyslexie selon les écrits du Professeur Tomatis, il est important de rappeler à nouveau que les difficultés d’apprentissage de la lecture sont liées à l’impossibilité de recueillir verbalement ce que l’oeil déchiffre graphiquement et que toute transcription graphique n’est qu’un son fixé par des signes que l’oreille a su intégrer bien avant la lettre. Aussi pour bien déchiffrer ce signe, pour le décoder en quelque sorte, pour lui accorder sa valeur sonore, faut-il lui rendre ses qualités acoustiques. Pour remédier à cette impossibilité de superposer le signe au son, il suffira de s’assurer que le sujet sait écouter. 

 Toute la thérapie selon la méthode Tomatis consiste donc à apprendre à l’enfant à utiliser son oreille comme un appareil capable d’écouter. Le Dyslexique est un mal-entendant qu’il faut savoir dépister, celui-ci étant démuni du “pouvoir” d’écouter, bloqué dans une “dysrelation” avec l’environnement.

“L’oreille est l’organe du langage, quel qu’il soit. Elle est la voie royale de son intégration, la clé de son contrôle, le capteur qui en règle sa coulée. Sans elle point de Verbe, sans Verbe point d’écoute, sans écoute points d’écrits, sans écrits points de lecture.
Donc sans oreille point de lecture.
On lit avec son oreille, car lire c’est écouter ce que l’autre écrit, c’est recueillir les sons graphiquement fixés.”
Tomatis


15/09/2016
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